Olbia de Provence, retour sur la campagne 2019

Un plongeur en action sur le site d’Olbia © L. Damelet, CNRS/CCJ

Projet porté par Laurent Borel et Alex Sabastia, soutenu par ARPAMED en partenariat avec le Centre Camille Jullian

Préambule, le site d’Olbia :

Les îles d’Hyères, que les auteurs antiques (Strabon, Pline l’Ancien) appellent Stoechades, les « alignées », sont les témoins depuis l’Antiquité d’une intense activité humaine. Elles constituent en effet un ancrage géographique stratégique : pointe méridionale de la Provence, frontière entre le golfe du Lion et la mer ligure, les îles forment avec la presqu’île de Giens un espace semi-fermé, lieu d’étape incontournable pour les navires effectuant la liaison entre la péninsule italique et la Gaule, voir la péninsule ibérique.

Les habitants de Massalia/Marseille ne s’y sont pas trompés puisqu’ils y ont établi des installations dès le Ve s. av. J.-C.. Cette influence s’accrut au IVe s. av. J.-C. par l’établissement d’une colonie massaliote, Olbia, à la racine de la presqu’île de Giens. Olbia était une colonie militaire qui permettait aux phocéens (les habitants de l’antique Marseille) de contrôler une partie du territoire vers l’est. La ville disposait de remparts épais, de temples et de commerces. Elle évolua avec le temps, en particulier lorsque Marseille et ses colonies tombèrent aux mains de Rome au Ier s. av. J.-C. Dans les siècles de paix qui suivirent, dotée notamment de thermes, elle devint progressivement une cité dédiée aux loisirs.

Puisque son implantation en bord de mer était stratégique, elle disposait évidemment de structures portuaires, mais la communauté scientifique s’est longtemps interrogée sur la réelle position du port d’Olbia et son évolution au cours des siècles. Les érudits locaux ont suggéré dès 1963 que les « structures immergées » visibles depuis la surface pouvaient être des traces du port antique. A la fin des années 2000, une équipe d’archéologues a tenté de percer le mystère de la digue d’Olbia en réalisant quelques relevés. Cependant, aujourd’hui encore, personne n’est en mesure d’expliquer la fonction des enrochements immergés à proximité d’Olbia ni de déterminer quand ils ont été mis en place.

Enjeux et déroulé de la campagne 2019 :

En mars 2019, grâce au soutien du fond de dotation Arpamed, une équipe d’archéologues, d’architecte et de topographe du Centre Camille Jullian, unité mixte de recherche d’Aix-Marseille Université et du CNRS, s’est rendu sur place avec l’objectif de lever une partie du voile sur cette énigme scientifique.

Réalisation d’un levé topographique © L. Damelet, CNRS/CCJ

Durant trois semaines, ils ont minutieusement nettoyé une grande partie des blocs d’architecture qui constituent la principale structure monumentale de la partie immergée du site. A cette occasion, de nombreux détails de mise en œuvre sont apparus sur les blocs, en particulier des scellements et des encoches en queue d’aronde destinés à l’assemblage des blocs. Sur certains, les restes d’agrafes en métal, encore enrobées dans leur gangue de plomb, ont pu être observés. Dans une seconde phase, ils ont réalisé une série de prises de vue sous-marines pour assurer une couverture de la partie orientale de la structure ainsi que de l’amas des blocs situé à son extrémité.

Loïc Damelet, photographe du Centre Camille Jullian, documente les vestiges © A. Sabastia, AMU/CCJ

Les 10000 photographies prises seront assemblées au moyen d’un logiciel spécialisé afin de créer un modèle tridimensionnel du site, dont sera extrait, en particulier, une vue « de dessus » qui permettra de dresser un plan précis des vestiges. Le traitement photogrammétrique de ces clichés requiert une grande puissance de calcul informatique, rendu possible grâce aux services d’outils 2D et 3D mise à disposition de tous sur les serveurs d’Huma-Num du CNRS. Ce modèle 3D sera positionné dans l’espace grâce au levé topographique du site réalisé en parallèle des opérations de nettoyage. Il permettra de mettre en regard les deux facettes d’Olbia, terrestre et sous-marine. Les investigations en milieu immergé ont été complétées par des prises de vues aériennes réalisées à l’aide d’un engin volant sans pilote afin de compléter notre vision d’ensemble du site étudié.

En conclusion :

Bien plus complexes que prévu, les vestiges immergés d’Olbia se révèlent progressivement. Le nettoyage des blocs d’architecture a révélé des éléments que peu pouvaient soupçonner. La taille des blocs et la complexité de leurs assemblages intriguent fortement. Ce qui passait pour un simple quai pourrait-il être en réalité une installation bien plus complexe et monumentale ?