En novembre 2025, une équipe d’archéologues a mis au jour un masque en marbre remarquable sur le site du Tophet de Salammbô, ancien sanctuaire punique dédié aux divinités Tanit et Baal Hammon à Carthage. Daté de la fin du IVᵉ siècle av. J.-C., ce visage féminin sculpté dans un bloc de marbre fin présente une coiffure de style phénicien, richement travaillée, et constitue un témoignage rare de l’iconographie religieuse et artistique de la civilisation punique.

Rituels, art et commerce
Selon les premières interprétations, ce masque aurait été offert en ex-voto, une offrande rituelle destinée à gagner la faveur des dieux dans le cadre des pratiques religieuses qui animaient ce lieu sacré. L’étude de ses formes et de ses détails stylistiques suggère non seulement une production de haute facture artistique, mais aussi des réseaux d’échanges culturels et commerciaux entre Carthage et les régions de la Méditerranée orientale, d’où pourrait provenir le marbre employé.
Cette découverte s’inscrit dans un contexte scientifique plus large : les fouilles du Tophet de Salammbô ont révélé au fil des ans des milliers d’urnes cinéraires, des stèles votives et d’autres vestiges, contribuant à une meilleure compréhension des rituels et des pratiques funéraires puniques. Depuis 1921, le site fait l’objet d’un intérêt scientifique continu, enrichi par des découvertes régulières comme des inscriptions puniques (2014) ou des pièces de monnaie (2023) qui témoignent de la richesse religieuse et sociale de la cité.
Carthage : une grande puissance méditerranéenne
Carthage est une ancienne cité phénicienne fondée au IXᵉ siècle av. J.-C. sur la côte de l’actuelle Tunisie. Devenue l’un des centres majeurs du monde antique, elle s’est adaptée et développée grâce à un réseau commercial maritime étendu qui reliait l’Afrique du Nord aux cités de Méditerranée occidentale et orientale. Son influence politique, économique et culturelle a dominé une grande partie du bassin méditerranéen jusqu’à sa destruction par Rome en 146 av. J.-C., à l’issue des Guerres puniques.

Le site archéologique de Carthage est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et comprend de nombreux vestiges antiques, dont des installations portuaires, des thermes, des sanctuaires et des nécropoles, qui témoignent de la richesse et de la complexité de cette civilisation
Le Tophet de Salammbô : sanctuaire et aire de rites religieux
Dans le quartier de Salammbô, à proximité des anciens ports puniques, les fouilles ont mis au jour une zone connue sous le nom de Tophet de Carthage ou Tophet de Salammbô. Il s’agit d’une aire sacrée à ciel ouvert dédiée aux divinités carthaginoises Tanit et Baal Hammon, deux figures centrales du panthéon punique.
Le terme tophet utilisé aujourd’hui par les archéologues pour désigner ces lieux provient d’un mot biblique hébreu associé à une « place de brûlement », mais ce nom n’était pas celui employé par les Carthaginois eux-mêmes.

Le site comprend des milliers d’urnes cinéraires entourées de stèles votives sculptées portant souvent des symboles religieux, probablement offertes en ex-voto à leurs dieux. Certaines urnes contiennent les restes brûlés d’enfants ou d’animaux, notamment des agneaux, ce qui a suscité un débat scientifique soutenu sur la nature des rites pratiqués ici.
Projet « Carthage : le Tophet de Salammbô »
Arpamed a soutenu le projet « Carthage : le Tophet de Salammbô » en 2023, 2024 et 2025, développé en partenariat avec l’École française de Rome et l’Institut national du patrimoine (INP) de Tunisie. Ce projet associe fouilles systématiques et analyses archéothanatologiques approfondies afin d’approcher ces dépôts rituels non seulement comme des pratiques cultuelles, mais aussi comme des expressions sociales, biologiques et culturelles complexes.
L’approche scientifique mise en œuvre cherche à dépasser les lectures traditionnelles du tophet qui ont longtemps été influencées par des représentations littéraires, pour proposer une compréhension contextualisée, rigoureuse et nuancée des pratiques religieuses puniques. Grâce à ce soutien et aux partenariats scientifiques internationaux, le projet contribue à faire progresser la recherche, à enrichir les savoirs archéologiques et anthropologiques, et à valoriser ce patrimoine pour les générations futures.
Les dons versés à Arpamed permettent de soutenir directement les projets et sont déductibles fiscalement, offrant ainsi un avantage aux mécènes tout en contribuant à la préservation du patrimoine méditerranéen.