En Galilée, sur les traces des premiers bâtisseurs

Le site d’Eynan-Mallaha est situé en haute Galilée, au nord d’Israël. Depuis 70 ans, on y explore les ruines d’un hameau bâti par des chasseurs-cueilleurs à la fin du Paléolithique. La reprise des fouilles en 2022 vise à mieux comprendre la succession des occupations au cours du temps et à mieux identifier la restructuration sociale et culturelle qui s’opère au sein de ces premières communautés sédentaires à l’origine de la révolution néolithique.

Dernier jour de fouille sur le site d’Eynan-Mallaha (Israël)
© Fanny BOCQUENTIN 2022

C’est ici, à Eynan-Mallaha qu’ont été identifiées les premières maisons des communautés natoufiennes, populations de chasseurs-cueilleurs qui occupent le Proche-Orient à la toute fin du Paléolithique (ou Epipaléolithique) entre 13000 et 10000 avant notre ère. Le 2 novembre 1955 l’archéologue français Jean Perrot démarre la fouille d’une construction découverte fortuitement par les aménagements de l’usine voisine. C’est une structure circulaire dont l’épais mur enduit de chaux abrite plusieurs sépultures remarquables, surmontées d’un dallage et d’un grand foyer. Cette découverte exceptionnelle protègera le site de la destruction et permettra le développement d’un chantier école.

Au fil des campagnes de fouille c’est tout un hameau natoufien qui est mis au jour ainsi qu’une impressionnante superposition de vestiges sur près de 3 mètres d’épaisseur faisant d’Eynan-Mallaha un site de référence parmi les plus prestigieux.

FIGURE 1 : 1955 : démarrage des fouilles sur le site préhistorique d’Eynan-Mallaha suite à sa destruction partielle. © Archives de la MSH Mondes, Nanterre.

Suite à ces découvertes, Jean Perrot (1920 – 2012), défend la sédentarité de ces chasseurs-cueilleurs préalablement à la domestication des plantes et des animaux, bouleversant ainsi la chronologie du processus de néolithisation tel qu’il était envisagé auparavant. La sédentarisation implique une réorganisation du système économique de ces chasseurs-cueilleurs, dans un contexte environnemental suffisamment riche et diversifié pour être exploité par des allers-retours depuis un habitat permanent. Elle mène aussi à de profondes restructurations des populations et des sociétés (rythmes d’activités, de reproduction, division du travail, réseaux d’échanges, maladies et immunité, alimentation, dimorphisme, communication, mobilité etc.) et surtout à des manières d’habiter et de voir le monde inédites (techniques, comportements, valeurs, rapport à la nature et aux non humains, représentation de l’espace, du cosmos, etc.). Plusieurs équipes se sont succédé sur le site à la suite de de J. Perrot de 1955 à 2005 qui ont permis de définir les grandes phases de son occupation (Natoufien ancien, récent et final de 12550 à 9550 av. J.-C.).

FIGURE 2 : Vue d’ensemble des différents secteurs ouverts en 2022 ©A. Levi

L’actuel projet financé par Arpamed a pour objectif de mettre au jour de nouvelles maisons natoufiennes, plus particulièrement des phases récentes et anciennes moins bien documentées que la phase finale. Au-delà des composantes économiques et environnementales qui font l’objet d’une grande part des recherches sur le Natoufien, le projet est axé sur l’observation des dynamiques spatiales et temporelles en jeu à différentes échelles (maison, hameau, territoire) grâce à des outils d’enregistrement et d’analyse qui ont largement évolués (SIG 3D, études technologiques, taphonomiques, micromorphologiques etc.).

On espère de cette façon affiner nos connaissances sur l’organisation des activités quotidiennes et rituelles dans le hameau, sur les mobilités autour du village (collecte, échanges, chasse), sur la relation inédite qui se met en place avec les défunts et sur les dynamiques de transmission d’une génération à l’autre.

FIGURE 3 : vue générale du site en 2022. Au premier plan, mur qui fait l’objet d’une étude de bâti et de restitution virtuelle. ©Mission Eynan-Mallaha 2022.

Le projet comporte également un important programme de valorisation des archives archéologiques et des vestiges encore en place afin de partager au plus grand nombre ce témoignage exceptionnel que nous livre Eynan-Mallaha sur le basculement du nomadisme vers la sédentarité qui a été déterminant pour les sociétés humaines.

Notre première campagne en juillet 2022 a permis de faire l’état des lieux et des besoins d’aménagement pour la protection du site, de replacer les maisons déjà exposées dans un système GPS, de rencontrer les acteurs locaux et de sonder le terrain pour identifier les secteurs de fouille à venir les plus prometteurs. Pour la première fois, une étude de bâti a été menée sur un des murs natoufiens parmi les plus emblématiques par son élévation et son état de conservation. Elle éclaire les solutions techniques mises en place par ces premiers bâtisseurs pour construire des maisons circulaires de grand diamètre.

FIGURE 4 : Sépulture assise et dallage mis au jour dans le sondage sud. ©Mission Eynan-Mallaha 2022

Le travail sera poursuivi l’an prochain à l’ensemble du bâtiment qui sera aussi l’objet d’une restitution virtuelle. Parmi les différents sondages ouverts, nous avons retenu celui situé au sud comme secteur de fouille à privilégier l’an prochain. Il se caractérise par une succession stratigraphique claire, et du matériel très bien conservé. Nous y avons mis au jour la sépulture d’un individu adulte déposé en position assise à proximité d’un dallage. Cette position d’inhumation et ce type de structure sont très rares sur le site toutes phases confondues et augurent de belles découvertes à venir.  

Pour en savoir plus :

Eynan Mallaha : Les derniers chasseurs-cueilleurs du Proche Orient | Arpamed

Par Fanny Bocquentin (CNRS) et Lior Weissbrod (Israel Antiquities Authority).