Entretien avec Matthieu Gabarda, lauréat du Prix Master d’Arpamed en 2025

Le Prix Master Arpamed 2025 a été attribué à Matthieu Gabarda pour son mémoire consacré à la quinquérème, l’un des principaux navires de guerre de la Rome républicaine. Normalien, agrégé d’histoire, diplômé du Master d’Archéologie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il poursuit aujourd’hui un parcours déjà remarquable, nourri par une solide expérience de terrain en France, en Italie, en Grèce et en Turquie. Rencontre avec un jeune chercheur passionné par l’histoire maritime et l’archéologie méditerranéenne.
Votre mémoire primé par Arpamed porte sur la quinquérème. Pouvez-vous nous présenter ce sujet ?
Mon mémoire, intitulé La quinquérème : étude d’un bâtiment majeur de la marine romaine républicaine, est consacré à un type de navire de guerre lourd utilisé massivement par Rome à partir du milieu du IIIe siècle avant notre ère, jusqu’au Ier siècle avant notre ère.
La quinquérème demeure assez mal connue. A l’exception de rares éléments tous récemment trouvés, nous ne disposons pas de vestiges archéologiques pour en restituer avec certitude les dimensions exactes, même si l’on estime généralement qu’elle pouvait mesurer entre 45 et 50 mètres de long, pour 7 à 8 mètres de largeur. Les sources sont principalement constituées des textes des historiens antiques, de la documentation iconographique et numismatique, ainsi que d’un nombre très limité de découvertes archéologiques.
J’ai choisi ce sujet parce que je suis passionné par les navires et en raison de la réelle difficulté définitionnelle qu’il présente. En travaillant de manière croisée sur les sources écrites, l’iconographie, la numismatique et les données archéologiques disponibles, j’ai cherché à établir des critères permettant d’identifier plus rigoureusement les quinquérèmes dans les représentations antiques, avec plusieurs degrés de probabilité.
Cette réflexion me paraît d’autant plus importante que l’archéologie sous-marine du monde méditerranéen s’apprête probablement à fournir de nouvelles données. La découverte récente d’un éperon en bronze potentiellement attribuable à une quinquérème sur le site des îles Égades montre que des avancées significatives restent possibles.
Comment avez-vous découvert le Prix Master Arpamed ?
J’ai été informé de l’existence du prix par plusieurs biais. Giulia Boetto, directrice de recherche au CNRS au Centre Camille Jullian d’Aix-Marseille Université, avec qui je travaille et qui co-dirigera ma future thèse, m’a transmis l’appel à candidatures. Des amis avaient également repéré l’annonce sur les réseaux sociaux et me l’avaient envoyée.
Je me souviens très bien du moment où j’ai découvert les modalités du prix. J’étais alors en Sicile pour effectuer un stage de recherche à la Scuola Superiore de Catane. J’ai appris qu’une cérémonie de remise des prix aurait lieu le 3 décembre aux Archives nationales, à l’occasion de la soirée des mécènes d’Arpamed.
Cette cérémonie reste pour moi un souvenir particulièrement heureux et un moment inoubliable. Je remercie chaleureusement les administrateurs d’Arpamed d’avoir choisi de récompenser mon travail.
Je suis très reconnaissant à Francis Prost, professeur d’archéologie grecque et directeur de l’UFR d’histoire de l’art et d’archéologie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui a dirigé mes recherches. Le sujet sur lequel il m’a orienté en Master 1, une étude des flottes romaines durant les guerres puniques à partir du corpus des éperons des îles Égades, m’a porté par la suite à choisir le cas de la quinquérème pour mon mémoire de Master 2.
Son accompagnement m’a permis de développer cet intérêt pour la marine romaine à l’époque républicaine et, plus largement, pour l’histoire navale antique. Il a toujours été extrêmement disponible et aidant tout au long de mes recherches.
Je tiens également à remercier Stéphane Bourdin, professeur d’histoire et d’archéologie romaine à Paris 1, qui a accepté de co-diriger mon travail de Master 2 et qui continuera à me suivre en thèse dans le cadre d’une co-direction.

Que représente cette distinction pour un jeune chercheur ?
Cette récompense est d’abord une marque de reconnaissance importante. Recevoir un prix dès le niveau Master permet de donner davantage de visibilité à un travail de recherche et constitue un véritable soutien au début d’un parcours académique.
C’est également une distinction prestigieuse, qui compte dans un dossier scientifique et qui apporte du poids à un jeune chercheur lorsqu’il poursuit sa carrière.
Je pense notamment que cette reconnaissance a contribué à l’obtention du contrat doctoral de l’École française de Rome, partenaire historique d’Arpamed et d’Aix-Marseille Université. Ce dispositif est particulièrement sélectif car seuls quatre contrats sont proposés chaque année par trois universités françaises.
Le prix doit également me permettre de financer, au moins en partie, la préparation du certificat d’aptitude à l’hyperbarie. Je suis déjà plongeur confirmé, mais cette qualification est indispensable pour participer aux fouilles sous-marines professionnelles. C’est un objectif qui me tient particulièrement à cœur, car il est très important, à l’heure actuelle, de me former aux méthodes de l’archéologie sous-marine.
Plus largement, ce prix représente une étape importante dans mon parcours car il m’a donné un élan au moment d’aborder les étapes suivantes de ma carrière scientifique.
Quels sont désormais vos projets de recherche ?
Je prépare actuellement une thèse consacrée à la politique navale de Rome à l’époque républicaine. L’objectif sera d’étudier la marine de guerre romaine dans toutes ses dimensions : les navires eux-mêmes, les techniques de construction navale, les structures portuaires, mais aussi l’appareil institutionnel qui aurait été mis en place pour encadrer et administrer cet outil naval. Cette recherche sera menée dans le cadre du contrat doctoral fléché Aix-Marseille Université – École française de Rome.
Je souhaite également poursuivre ma formation en archéologie sous-marine et continuer à travailler au plus près du terrain méditerranéen, notamment en Italie méridionale et en Sicile, régions qui occupent une place centrale dans mes recherches.

Mon objectif est de poursuivre une carrière dans l’enseignement supérieur et la recherche, en histoire ou en archéologie. Je suis très attaché à la France et je souhaite y poursuivre mon parcours, tout en maintenant des liens étroits avec l’Italie et l’espace méditerranéen qui constituent des territoires au cœur de mes recherches.
L’archéologie navale et maritime connaît aujourd’hui un renouvellement considérable grâce aux progrès de l’archéologie sous-marine. Participer à cette dynamique est une perspective particulièrement stimulante pour les années à venir.
À propos de Matthieu Gabarda
Cursus universitaire : Contrat doctoral fléché Aix-Marseille Université – École française de Rome; Master d’Archéologie, Archéologie des périodes historiques spécialité romaine, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm (quatrième année, département d’Histoire) ; CPGE A/L au lycée Henri IV, Paris.
Les dons versés à Arpamed permettent de soutenir directement les projets et les jeunes chercheurs et sont déductibles fiscalement, offrant ainsi un avantage aux mécènes tout en contribuant à la préservation du patrimoine méditerranéen.