La tombe Lattanzi, au coeur du plus vaste centre d’entrainement militaire d’Italie

La tombe Lattanzi dans la nécropole étrusque de Norchia (Latium), présente la particularité d’être située à l’intérieur du plus grand terrain d’entraînement de la péninsule : le champ de tir de Monteromano. Un accord signé avec les autorités militaires et la surintendance a permis pour la première fois, la fouille d’un site archéologique au sein d’un camp militaire.

“Zona militare”. A Norchia, sur la rive droite du Biedano, un simple panneau d’interdiction indique la limite du polygone de tir © Vincent Jolivet – archives de fouille.

Découvert au début du XIXe siècle, le site de Norchia, situé dans l’ancien territoire de la grande métropole étrusque de Tarquinia à quelque 70 km au nord de Rome, possède la plus impressionnante nécropole rupestre de toute cette région. Sa tombe la plus monumentale a été mentionnée et dessinée pour la première fois, en 1832, par l’archéologue français Albert Lenoir, et fouillée sommairement par le médecin Mariano Lattanzi, en 1852.

Visite d’un groupe de soldats sur la fouille de la tombe Lattanzi en 2022 © Vincent Jolivet – archives de fouille.

Depuis cette date et jusqu’en 2020, aucune intervention de fouille, de restauration ou de documentation n’avait été réalisée sur ce monument exceptionnel dont il n’existe qu’un seul autre exemple.

Moins de 10 kilomètres vers le nord près de la cité étrusque de Musarna, la tombe de Grotte Scalina (projet Arpamed 2019), retrouvée en 1998, a fait l’objet entre 2010 et 2019, d’une fouille systématique en collaboration entre la surintendance archéologique italienne et le CNRS.

 Norchia – Effondrement de la façade de la tombe Lattanzi à l’intérieur de la salle de banquet © Benjamin Houal.

Ces deux tombes monumentales de Grotte Scalina et Lattanzi, datables vers 320 av. J.-C., présentent une façade de 12 m de haut pour 14 m de largeur, divisée en trois niveaux : une vaste salle de banquet surmontée par une terrasse qui donnait accès à un toit à double pente. Leur architecture s’inspire de celle des palais macédoniens contemporains. Dans les deux cas, il s’agissait probablement de la tombe du fondateur de la cité près de laquelle elles se trouvent. Entre le  XVIe et le XIXe siècle, la tombe de Grotte Scalina a été réutilisée comme lieu de pèlerinage chrétien, si bien que tous les éléments de son décor ont disparu, tandis que la façade de la tombe Lattanzi à Norchia est entièrement conservée en position d’effondrement.

A la différence du reste du site de Norchia, la tombe se trouve aujourd’hui à l’intérieur du polygone de Monteromano, le plus vaste terrain d’entraînement militaire de la péninsule.

Visite de l’état-major de l’armée italienne sur le site de Norchia. © Vincent Jolivet – archives de fouille.

Créé vers le milieu des années 1950, ce camp couvre une extension de l’ordre de 43  km2. Des unités cuirassées, mécanisées, blindées et d’artillerie y procèdent à des tirs diurnes et nocturnes pendant une bonne partie de l’année. Il est interdit à quiconque d’en franchir les limites.

Echanges entre civils (géologues de l’équipe de fouilles) et militaires (cadres du Poligono). © Vincent Jolivet – archives de fouille.

La fouille de la tombe a donc nécessité, en 2020, la signature d’un accord de collaboration entre l’armée et la surintendance archéologique italiennes.

Il prévoit le « déroulement d’un projet de recherche, de conservation, de valorisation et d’exploitation du domaine archéologique, naturel et environnemental ». C’est la première fois qu’un tel accord est passé entre ces deux institutions. Il ouvre des perspectives intéressantes à la recherche archéologique, dans la mesure où les différents camps militaires du territoire italien constituent autant de réserves naturelles à l’intérieur desquelles l’activité endémique des pilleurs de tombes ou de sites s’exerce plus difficilement.

Les premiers résultats acquis au cours des campagnes d’étude et de valorisation menées en 2020 et 2021 ont montré l’intérêt d’une telle collaboration, dont la principale limite réside dans les difficultés d’accès du public au monument. Au cours de ces deux années, l’intérêt des forces armées pour nos travaux ne s’est pas démenti : elles viennent de passer un accord de principe avec la Surintendance archéologique pour le délicat travail de soulèvement, par hélicoptère, des blocs tombés de la façade du monument ! L’intervention du génie militaire pourrait être requis de nouveau pour le dégagement de nouveaux blocs.  Nos recherches devraient se poursuivre, entre 2022 et 2024, dans le cadre d’un concession triennale délivrée par le ministère de la Culture italien.

Pour en savoir plus :

Voir la page du projet : Norchia : Révéler une des plus grandes tombes rupestres du monde étrusque | Arpamed.

Par Vincent Jolivet, Directeur de recherche au CNRS.