Les mines d’argent de Thorikos révélées

Le projet Thorikos 047, mené sous l’égide de l’École belge d’Athènes et soutenu par ARPAMED, vise à analyser la genèse et l’évolution de cet anthroposystème des mines d’argent en examinant conjointement les processus de minéralisation, les techniques d’extraction minière, ainsi que l’habitat durant le Néolithique Final et l’Âge du Bronze.

Photographie prise au fond de la mine de l’Acropole de Thorikos montrant une galerie de jonction datée de l’époque classique. (c) D. MORIN, ERMINA & EBSA.

Le district métallifère du Laurion (Attique, Grèce) renferme des installations minières qui comptent parmi les plus anciennes et les plus spectaculaires du monde égéen avec ses puits verticaux qui défient l’imagination. Ses ressources en cuivre, en plomb et surtout en argent ont, en effet, été exploitées dès la Préhistoire. Le site archéologique de Thorikos, sur la côte orientale du Laurion, offre l’opportunité rare d’étudier une implantation humaine située à l’aplomb d’un vaste complexe minier dont les origines datent du Néolithique Final (4e millénaire av. J.-C.) et l’apogée de l’époque classique (5-4e siècles av. J.-C.).

La dernière campagne de terrain s’est déroulée durant les mois d’août et septembre 2021. Elle a permis de collecter des échantillons géologiques en vue de leur analyse, de reprendre la fouille de l’habitat préhistorique sur le sommet de la colline du Vélatouri et de poursuivre l’exploration des réseaux miniers souterrains.

Reprise de la fouille de l’habitat préhistorique au sommet du Grand Vélatouri.  (c) EBSA, S. DEDERIX.
La colline du Vélatouri, sur laquelle s’étend le site de Thorikos. (c) EBSA, S. DEDERIX.

Des tessons datés du Néolithique Final, des outils d’abattage en pierre et les traces laissées dans la roche témoignent d’une exploitation de l’argent précoce, dès le 4e millénaire av. J.-C., au sud de la colline du Vélatouri. D’abord à ciel ouvert et à l’affleurement, l’exploitation s’est poursuivie en sous-sol à partir du Bronze Ancien II (2650-2500 av. J.-C.). Dès lors, l’extraction minière va contribuer à l’essor de Thorikos qui devient un centre majeur dirigé par une élite au début du Bronze Récent (1700-1470 av. J.-C.), comme en témoignent notamment les tombes monumentales construites à cette époque sur l’acropole du Vélatouri. Le site semble décliner durant l’époque Mycénienne. Cependant, les mines vont rester exploitées jusqu’à la fin de l’Âge du Bronze (12e siècle av. J.-C.).

A l’issue d’une période d’abandon, Thorikos est de nouveau réoccupé à partir de 900 av. J.-C. et connait une croissance rapide dès la fin du 6e siècle av. J.-C., lorsque l’exploitation minière s’intensifie. A l’époque classique (5-4e siècles av. J.-C.), Thorikos était une ville dotée d’un système de défense, d’un théâtre, de temples, de nécropoles, et surtout d’installations destinées à l’extraction du plomb argentifère et à la production d’argent qui servait alors à frapper la monnaie athénienne. Pour extraire le minerai, les mineurs se sont enfoncés de plus en plus profondément sous la colline du Vélatouri, créant ainsi un labyrinthe de galeries souterraines. Plus de cinq kilomètres de réseaux souterrains étagés sur deux niveaux ont été explorés à ce jour, mais les mines de Thorikos sont encore loin d’avoir livré leurs secrets.

Thorikos 047 – Voyage au centre de la terre. Puits antique de section quadrangulaire en cours d’exploration. (c) EBSA, D. MORIN.

La morphologie des galeries, l’organisation des travaux et le mobilier archéologique permettent de distinguer plusieurs phases d’activités minières. La phase classique, la plus étendue, se caractérise par la régularité des galeries soigneusement taillées à la pointerolle et par des puits verticaux qui mettent en relation les deux niveaux de minéralisations. D’une architecture géométrique parfaite, ces puits restent une énigme tant le soin apporté à leur réalisation est impressionnant. Il est par ailleurs difficile aujourd’hui d’imaginer les conditions extrêmes de travail des mineurs dans ces dédales de galeries d’une amplitude limitée (30 – 40 cm par endroits), où règne une chaleur étouffante. La progression dans de tels espaces confinés, dont le taux d’oxygène doit être en permanence surveillé, nécessite une vigilance constante. Les traces d’outils sur les parois, les graffitis, les lampes à huile et les aires de concassage, attestent de l’activité des mineurs employés à l’abattage du minerai de plomb argentifère.

Son heure de gloire passée, Thorikos finit par tomber à l’abandon au 3e siècle av. J.-C. Cependant, les mines ont continué à être exploitées durant les époques romaine et byzantine – en témoignent le foudroyage des galeries antiques, la multiplication des travaux d’abattage au feu et les céramiques abandonnées au sol. Les mines de Thorikos et, de manière générale, du Laurion ont ensuite connu un ultime renouveau à la fin du 19e siècle, lorsque l’exploitation a repris de manière intensive sous l’impulsion de la Compagnie Française des Mines du Laurion, installée à moins de 1,5 km au sud de Thorikos.

Pour en savoir plus :

Voir la page du projet : Thorikos 047 | Arpamed. Par S. DEDERIX, D. MORIN, A. TARANTOLA.

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